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surprise...

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Allez c’est parti, je ne vais pas me faire beaucoup d’amis sur ce coup la et je m’attends a beaucoup de commentaires enflammes, mais pour moi autant vous le dire tout de suite, le probleme des salaires dans les jeux videos est un faux probleme.

Bon, ok ca peut surprendre dit comme ca venant de moi avec mon salaire anglais, mais laissez moi un peu elaborer mon raisonnement.

Un salaire a plusieurs fonctions que la pyramide de Maslow peut facillement nous aider a visualiser/grouper.

maslow.gif

Pour ceux qui ne connaissent pas, la pyramide de Maslow exprime les besoins d’une personne de facon hierarchique, on doit satisfaire les besoins primaires du bas avant de pouvoir satisfaire ceux du haut.

On peut facillement relier ca aux besoins que le salaire aide a satisfaire.

Ainsi, avec les besoins physiologiques, le salaire sert a pouvoir acheter a manger, des vetements… on n’est pas clochard dans les jeux videos normalement donc on assume que ce besoin est remplit de base.

Par securite, le salaire est utilise pour avoir un toit ou dormir (ou nourrir sa famille). La encore ca devrait aller.

L’appartenance pourrait etre relie au le fait que le salaire est au meme niveau que ceux des autres a responsabilites egales.

Pour finir, l’estime (au niveau financier) se manifeste generallement en augmentation de salaire ou prime/bonus/royalties quant au besoin de s’accomplir c’est lorsque l’argent ne veut plus rien dire.

On est generallement dans les jeux videos par passion. Ceux qui n’y sont pas ne font pas long feu (du moins dans les equipes de developement) car le sacrifice est souvent trop grand.

Le probleme dans le jeu video est pas que l’on ne peut pas gagner sa vie, c’est pas vrai. Allez vous plaindre a la caissiere du coin qui touche le SMIC, je suis sur qu’elle a un salaire bien plus bas que le notre (ce qui me peine, mais c’est un autre sujet). Aussi, dans l’absolu, jusque la, on fait un boulot qu’on aime et on est paye de facon a pouvoir vivre.

L’histoire comme vous vous en douter ne s’arrete malheureusement pas la. Comme les reactions de la premiere partie de cette rubrique le confirment, c’est un sentiment d’exploitation qui domine au regard du nombre d’heure a fournir.

Si on se refere a Maslow, les besoins primaires sont donc normallement assouvis, ce sont ceux plus hauts qui posent probleme.

Toutefois, la situation en France est legerement differente du fait que le secteur ludique national (niveau emploi) ne soit pas brillant et qui sait si les entreprises de jeu seront toujours la dans 3 ou 5 ans? UbiSoft ne compte pas ils se sont barre au Canada de toute facon.

C’est avant tout le sentiment de precarite du milieu nous empeche d’aborder les besoins plus eleve et, comme toute personne face a un avenir incertain, la tendance est a mettre des sous de cote.

Aussi, livrons nous a un petit exercice mental.

On vous propose le job de vos reves dans les jeux videos dans une entreprise qui va dure jusqu’a votre retraite, qui fait les jeux que vous voulez, qui a deja embauche les plus grands talents et qui en plus est placee la ou vous aimeriez vivre et travailler… le tout sans demander aucune heure supplementaire.
Le seul hic est que les salaires sont plus bas que dans une autre entreprise du jeu video (oui essayez d’imaginer j’ai dit!) et on n’a pas de primes ou de royalties.

Accepteriez vous le job?

Il est fort possible que oui (moi j’accepterai pour sur), mais cela ne va probablement pas suffire sur le long terme car il va manquer la reevaluation du salaire en fonction du marche (besoin de reconnaissance) sinon le mecontentement va grandir d’annee en annee. Pourtant le salaire n’est pas votre element de decision quant a prendre le travail meme si vous toucherez deja bien plus qu’une personne au SMIC.

L’idee est donc que le salaire est une unite de valeur de la personne une fois les besoins primaires assouvis (nourriture, toit, famille).

Donc, que faire?

Une chose que j’ai appris a mes depends par 3 fois deja (faut croire que je suis lent a la detente, ou tout simplement tetu) est que l’argent ne fait pas le bonheur au travail. Et pourtant on y passe du temps au travail mine de rien.

Huit heures de travail ennuyeuses valent facilement plus de 10 interessantes et gratifiantes. Le temps passe plus vite lorsqu’on ne s’ennuie pas c’est bien connu.

Le probleme malheureusement est que le salaire est loin des considerations actuelles…

La precarite de l’emploi, les taches ingrates, les longues heures, le manque de participation aux prises de decision ou a la direction creative du jeu sont autant de facteurs qui font qu’au final on demande une augmentation de salaire pour faire place a un mal grandissant qui est en train de pourrir notre industrie de l’interieur.

Une fois j’ai lu un article interessant y’a longtemps (je crois que c’etait de quelqu’un a Ion Storm) qui disait que ca sert a rien d’augmenter quelqu’un qui menace de partir. Il restera peut etre avec une augmentation, mais finira par partir si le probleme de base est pas resolu.

En France, la precarite t’es donnee gratos. Pour les taches ingrates, cela depends de ton experience dans le metier et de ta proactivite mais t’en auras toujours a faire. Les longues heures sont inclues dans le lot, quant au manque de participation aux prises de decisions, elles dependent de ta place dans l’entreprise, de tes relations avec les personnes dirigeantes et du type de projet, sans oublier que les projets ne permettant pas d’exprimer de la creativite sont de plus en plus nombreux.

Bref, c’est pas brillant comme constat. D’un point de vue employee, je ne penserais qu’a une chose, amasser le plus d’argent possible pour couvrir mes arrieres en cas de pepin.

Maintenant, il faut voir que l’on ne peut pas mettre toutes les boites dans le meme lot (encore heureux!) et il est d’autant plus important d’apporter des solutions concretes plutot que de se concentrer sur le niveau des salaires qui reste selon moi un faux probleme.

Se concentrer sur les salaires, c’est comme s’attaquer aux consequences au lieu des causes.

Le probleme principal etant d’avoir de vraies perspecties d’avenir pour notre industrie autres que celles actuellement vehiculees.

Comme disait Stephane, on a besoin de personne qui explorent des chemins alternatifs qui seront peut etre ceux de demain. Il en va de meme pour les entreprises qui doivent creer leur “Blue Ocean” (entendez par la, ouvrir le marche des jeux plutot que combattre sur le meme champ de bataille).

PS: J’suis un boulet, ca fait deux jours que le post est fait mais il etait en private… ca m’etonnait aussi que personne reagisse a celui la! :D Merci Johann!

24 Responses to “Les problemes du jeu video ne sont pas incurables… (Partie 2)”

  1. on 19 Oct 2006 at 20:29 Johann

    Je suis assez d’accord, sur le fait que finalement si t’es bien au travail que tu t’éclates dans ce que tu fais, le salaire a moindre importance (moi aussi je prefere faire un travail qui me plait et gagner moins, que gagner plus et puis me lever tous les matins sans grandes motivations), je comprend la logique que tu pointes par rapport à l’augmentation des salaires dans le but de couvrir des problèmes. Mais il y a quand meme qqch qui me chiffone, quelque part il n’y aurai pas aussi des repercutions sur la vie familliale ou sociale, car bon c’est bien de s’éclater au taff, et de faire des concession sur le taux horraires etc… mais quelque part ca doit pas etre top quand on a des enfants pour les reprendre à l’école ou que la femme nous attendent à plus de 22h pour manger.
    En fait j’aimerai avoir un peu vos impressions sur l’influence de votre travail sur votre vie apres le boulot.

  2. on 19 Oct 2006 at 20:42 Stéphane

    J’ajoute de l’eau au moulin:
    http://positivesharing.com/2006/07/think-a-raise-will-make-you-happy-think-again

    D’ailleurs ce blog est assez excellent niveau idée sur l’univers de l’entreprise qui va bien.

  3. on 19 Oct 2006 at 21:03 Jeremy Chatelaine

    Super link, merci Stephane. Tres interessant et je peux facillement abonder dans le sens de l’article.

    Johann, c’est en effet ce que je dis. C’est pas le salaire le principal probleme. Comme tu le notes tres bien le cout d’opportunite de travailler plus longtemps (comme ne pas voir des amis, moins sa famille…) est un vrai probleme et augmenter ton salaire ne le resoudra pas.

    Je laisse un peu la parole aux autres pour repondre a propos de l’influence du travail sur la vie apres le boulot :)

  4. on 20 Oct 2006 at 7:22 Charles

    Je connais un ami qui travaille dans une usine à jeux vidéo. Il est plutôt bien payé en France vu sa 10e d’années d’expériences dans le jeu vidéo.
    Néanmoins il se dit lui-même être en pré-retraite.
    Son boulot consiste à se défoncer pour sortir un jeu, de faire une tonne d’heures supp, et ensuite de voir ses supérieurs hiérarchiques récolter tous les lauriers.
    Du coup il a fait ça une fois, maintenant il est devenu un “fonctionnaire” du jeu vidéo, il fait ce qu’on lui dit mais pas plus.

    Je lui avais proposé un travail, l’idée était que quelque soit la catégorie de travail d’une personne, il fallait le récompenser si tout était bon. Ne pas récolter les lauriers des autres, ne pas récolter les problèmes des autres.

    Je donne un exemple: Je bosse sur un RTS qui a une campagne solo et une partie multijoueur.
    Je confie la campagne solo à une petite équipe et la partie multi à une autre.
    A la sortie du jeu, tous les tests s’accordent à dire que la partie solo est pourrie, que les modes multi sont géniaux, et que les graphismes sont excellents.

    La conséquence c’est que ceux qui se sont occupés des graphismes (Moteur de rendu, infographistes) et ceux qui se sont occupés de la partie multijoueur, soient récompensés par des primes etc, contrairement à l’équipe de la campagne solo qui nous aura pondu une bouse.

    En faisant ça, je pense que chacun est motivé par l’idée de récompense pour SON travail, et non savoir que de toute manière si la prog générale est bonne, c’est le DT qui sera gagnant.

    C’est en tout cas ce que je mets en place pour ma boîte.

  5. on 20 Oct 2006 at 8:50 Christophe

    De mon coté, je suis un vrai passionné du monde du jeu video mais ca n’empeche que j’ai mis ca quasiment en dernier dans ma liste de priorité.

    En premier j’ai placé la qualité de ma vie privée. C’est a dire que je n’ai quasiment jamais fait d’heures supplementaires en 6 ans d’industrie de jeux et je n’ai jamais travaillé un seul week end. Une fois pour un jeu on m’a demandé de faire un mois de crunch time (Conflict Zone PS2), j’ai dit “ok mais je prends le kit de dev et je le fais chez moi ce mois”. Ca a marché.
    Un de mes criteres fondementaux pour le choix d’une boite, c’est le temps de transport.
    Donc en fin de compte, les gens qui passent plus de 40 heures au boulot, qui rentrent a 22h chez eux et qui aime bien manger des pizzas le soir avec des collegues, je comprends pas trop et je qualifie cette d’attitude amateur. Heureusement qu’en France toutes les boites ne sont pas comme ca.
    J’ai eu l’avantage de bosser dans l’industrie aeronautique avant de venir dans le jeu video et ce genre de chose etait pas imaginables, pourquoi ca serait plus toleré dans le jeu video ?
    Quand je passe un entretien, j’annonce ca direct “je fais pas d’heures supps”. Au moins les choses sont claires et si je suis pris, c’est qu’il y aura un contrat moral avec le patron.

    En second point, j’ai placé le salaire. Ca decoule du premier point. J’ai un diplome d’ingé, pourquoi j’irai bosser pour des clopinettes ?. Dans l’industrie classiquen, il existe des bareme pour les ingés, j’ai appliqué les meme pour le jeu video. Donc les boulots payés au lance pierre, j’ai jamais été.

    J’avais en tete de retourner dans l’industrie classique si je pouvais pas reunir ces conditions. Je l’ai pas fait. Donc ca laisse un espoir de vie meilleur pour les pauvres employés du jeu video qui sont esclavagés.

    Je considere pas que les bas salaires dans le jeu video soient une fatalité. C’est comme partout. Il faut se vendre, negocier et savoir mettre en avant ses qualités et ce qu’on peut apporter à la boite. Libre a chacun d’accepter ou pas. On rentre ensuite dans un cercle vicieux : plus les gens acceptent de bosser pour des salaires bas, plus les patrons vont continuer a les proposer. Pourquoi ils changeraient ?

  6. on 20 Oct 2006 at 8:58 Charles

    Je suis entièrement d’accord, je connais un graphiste qui est payé 1600 ? et il bosse environ 50h à 60h par semaine. Le patron ne l’oblige pas à faire des heures supp mais les plannings sont tels que s’ils ne font pas ces heures en plus, moralement ils se disent que c’est pas bien car ils délaissent leur boulot et c’est autres collègues d’en faire plus.
    J’ai trouvé ça très pervers comme méthode de travail. Je pense réellement qu’une bonne gestion des plannings et de l’incertitude (surtout en programmation) permet de réguler le temps de travail.

  7. on 20 Oct 2006 at 18:31 Jeremy Chatelaine

    Recentrons le debat sur le salaire en lui meme, a savoir si les salaires sont un veritable probleme dans le jeu video.

    Puisque vous faites allusion au temps de travail, creusons un peu l’idee de savoir si on vous paye pour les heures sup, cela vous ferra changer d’avis vis a vis de donner plus de temps (j’argumente que non puisque j’argent est pas le probleme!).

    Christophe ca m’etonne que tu places le temps de travail et ensuite le salaire comme evaluation du travail. A moins que tu ne fasses aucune concession (fort peu probable car nul job n’est parfait sinon tu l’aurais toujours). Cela veut-il dire que bosser dans la banque te paraittrait supportable? :)

  8. on 20 Oct 2006 at 19:05 Klaim

    Je ne fais pas encore partie de l’industrie du jeu vidéo mais en tant qu’aspirant à ce milieu et faisant partie depuis déjà 3 ans de l’industrie informatique, je vais donner un bref commentaire sur mon point de vue.

    Après 3 ans en tant que programmeur (postes de développeur et d’ingénieur) j’ai reussi a atteindre un salaire qui me va, malgrés le fait que je n’ai quasimment pas de diplome. Ca me va surrement parceque (comme souligné au dessus) je suis célibataire, pas spécialement proche de ma famille et n’ai donc aucune obligation de ce coté. Mes seules folies concernent mes outils perso (pc,logiciels,dessin), quelques jeux (auquels je n’ai pas le temps de joeur O__O;), des bouquins/BD et les sorties entre amis (sans compter les extra imprévus).
    Je sais donc que de mon point de vue, le salaire dans le milieu du jeu n’est pas un problème parcequ’il y a peu de chances pour qu’on me propose un salaire très bas par rapport à ce que j’ai connu (crise de l’industrie informatique et manque de diplomes oblige).
    En revanche, la dernière fois que j’ai cherché du boulot dans le jeu vidéo, je me suis rendu compte que c’était toutes les autres conditions auquelles j’accordais le plus d’importance. Effectivement l’argent ne fais pas le bonheur, je n’y ai jamais cru, mais avant de passer 2 ans dans une petite boite qui à mon avis avait une organisation d’amateur ayant pour conséquence un crunch time permanent, je ne me rendais pas compte à quel point le fait de bosser sur quelque chose d’inninteressant (particulièrement sur de la “merde” ET en faisant de la “merde”) pouvait à ce point démoraliser (et même détruire des neuronnes).

    Actuellement je bosse dans une boite qui fait des choses interessante (navigation par gps sur mobile/pda) et dans laquelle l’organisation etc est tout ce qu’il y a de plus pro et est assez efficace . Si c’était une boite de jeu, ça serait le paradis. Malheureusement ce n’est pas le cas malgrés les ressemblances (on travaille que sur un seul produit, vendu sous différentes formes et je suis dans l’équipe qui s’occupe de faire les différentes versions pour les clients et apareils).

    Evidemment je ne suis pas encore satisfait parcequ’on ne fait pas du jeu, donc je reste pret à saisir toute occasion de faire ce que j’aime, mais le minimum de confort que j’ai réussi à atteindre me rends largement plus selectif quand aux boites de jeu qui m’interessent, comparé à la vieille époque bénie d’inconscience de l’aspirant pro sortant du lycée et pret à entrer dans n’importe quelle boite de jeu. Plus séléctif non pas sur le salaire (c’est l’une des données) mais surtout sur les conditions, l’organisation et la philosophie de s boites.

    Dans le futur, il se peut que j’ai plus d’obligations et dans ce cas mon point de vue changerait bien évidemment. Mais je pars dans l’idée que si j’arrives à faire en sorte d’apporter quelque chose de positif dans l’industrie du jeu vidéo ça se répercuterai éventuellement sur la boite où je serais et indirectement ça règlerai le souci du salaire.

    En même temps, j’ai toujours eu une grande part d’innocence naïve et d’idéal alors je me fourre peut être le doigt dans l’oeil :P

  9. on 20 Oct 2006 at 20:31 Christophe

    “Christophe ca m??etonne que tu places le temps de travail et ensuite le salaire comme evaluation du travail.”

    Le temps de travail est il representatif de sa qualité ?

    > A moins que tu ne fasses aucune concession

    En effet, aucune

    > “Cela veut-il dire que bosser dans la banque te paraittrait supportable?”

    Si je suis rentré chez moi pour 16h et que je suis payé comme un ministre, bien sur que je vais travailler dans une banque. Ca permets de se faire des economies pour ensuite faire des choses interressante.
    Mais bosser pour rien, 80h par semaine, je vois pas quel debile peut accepter ca (meme “pour le plaisir de bosser dans le jeu video”).

  10. on 20 Oct 2006 at 20:46 Jeremy Chatelaine

    “Le temps de travail est il representatif de sa qualité ?”

    La n’etait pas ma question.

  11. on 23 Oct 2006 at 0:16 Stéphane

    Allez on va se jeter dans la mélée et rajouter quelques opinions personnelles.

    Mon opinion est que le salaire est une variable que tout employé considère, mais que, dans un milieu comme le jeu vidéo, elle est souvent relégué au second plan parce qu’on a à faire à des passionés.

    Mais cette passion peut être remise en question quand on a vécu une expérience douloureuse de crunchtime à rallonge, de non reconnaissance du boulot effectué et autres petits chefs qui tirent la couverture à eux.

    C’est pour ça que souvent sur les forums on trouve des gens qui mettent en garde les jeunes contre un engagement sans concessions qui pourraient leur péter à la gueule s’ils constatent qu’ils ont été abusés.

    Cela repose la question de l’objectivité de la boite à maintenir la motivation intrinsèque des employés. C’est à dire s’arranger pour que l’employé puisse faire au mieux son boulot. Cela se traduit par une organisation optimisée afin de réduire au maximum les heures supplémentaires, une reconnaissance du travail effectué et un réglage rapide des problèmes rencontrés.

    Une fois je discutais avec un copain avec lequel j’avais passé mon premier crunchtime (6 mois, 80h par semaine). Il me disait qu’il avait écoeuré parce que la prime promise n’était jamais arrivé et qu’il ne ferait plus jamais d’heure sup. Je lui ai répondu que je ne le croyais pas, que c’était un mec qui adorait son boulot et qu’il ferait naturellement son boulot “beyond the call of duty” parce que c’était sa passion et qu’il en allait de même pour moi. L’histoire me donna raison par la suite.

    Mon point de vue concernant les salaires et les heures sup est le suivant : je ne suis pas principalement motivé par l’argent, monté ma boite fut et est toujours une formidable expérience humaine même si [pour l'instant] cela ne s’est pas traduit de manière sonnante et trébuchante. J’eusse sans doute gagner plus ma vie et avec moins de risque en allant bosser pour une grosse boite mais là tous les matins je suis content d’aller bosser et je sais que le patron de la boite est un mec bien qui fait son max pour qu’on bosse dans de bonnes conditions. Car là est la différence, est-on dans un système d’abatage organisé ou est ce le produit d’une bévue qu’on éponge ; et là se situe ma réflexion concernant mon engagement ou pas dans le projet.

    Je pense que vous polarisez un peu (Christophe et Jeremy) vos points de vue. Et j’ai du mal à croire que Christophe en tant que dictateur de son propre truc ne va pas dès fois au delà de la limite légal d’heure par semaine. (rassures toi j’ai pas planqué des micros chez toi). Après il y a des facteurs externes comme la femme (les femmes ?!? :)) et les enfants qui sont encore une autre histoire.

    Mais l’équation est là : quel est le projet, la personne adhère-t-elle au projet, le patron est-il vraiment là pour viabiliser le projet et que tous le monde rame dans le même sens.

    Des enfoirés qui profiteront toujours de nouveau venu dans le domaine pour les faire bosser à l’oeil des heures pas possibles cela arrivera encore longtemps, mais on peut toujours être en accord avec nous même et proposer une autre voie.

    C’est ce que j’ai voulu faire avec CP. Et cela fait 2 ans que je pense qu’on y arrive. Nos salaires ne sont pas les plus élevés mais on reste dans la fourchette qui va bien.

    Maintenant je ne sais pas quel serait ma réaction dans un autre cadre. Je pense que dès l’entretien je préviendrais de suite que si le crunch est considéré comme “inévitable” par les instances dirigeante ce sera sans moi, j’aime pas les mecs qui versent dans la fatalité. Maintenant il se peut très bien que je m’engage au delà de ma relation contractuelle si le jeu en vaut la chandelle.

    Toute cette tirade à base de philosophie de comptoir pour dire que je pense que le salaire n’est pas l’élément prioritaire, si c’était le cas alors cela voudrait dire que vous êtes débauchable par n’importe qui qui passe par là, est ce réellement le cas ?

  12. on 24 Oct 2006 at 18:40 Jeremy Chatelaine

    Merci pour ta reflexion Stephane.

    J’aime bien les deux premiers paragraphes qui resument bien je trouve.

    J’abonde egalement dans le sens de la plupart des idees avancee dans le texte.

    Si l’argent permet de faire des choses plus interessante par la suite, pourquoi ne pas trouver un travail qui permette de faire ces choses en etant paye moins?

    C’est sur par contre que je vois pas beaucoup de boulot en tant que patron dans les petites annonces, meme pour 100Euros par mois :)

  13. on 30 Oct 2006 at 13:17 Papy à la retraite

    Ma petite pierre à l’édifice:

    Ne pas recevoir “d’argent” en récompense de ses efforts pose un réel problème métaphysique.

    Imaginez que la totalité de votre salaire parte dans des choses comme le loyer les impots et les dépenses nécessaires à la vie quotidienne.
    La seule issue qui semble exister pour construire quelque chose ou simplement acquérir le niveau 3 de la pyramide, est d’être plus travailleur et plus performant.

    Maintenant imaginez que vous explosiez complétement les critères de force de travail et de performance.
    Imaginez qu’a vous seul vous fassiez 20 % du CA et qu’en retour vous n’obteniez absolument rien de plus. Votre entreprise suit la logique “une startup doit tous ses bénéfices à ses investisseurs”

    Dans ce schéma là, si je me référe à la pyramide de
    maslow, on est a fond dans la tranche 1 et plus rien n’existe dans les étages supérieurs.

    On perds toutes ses bases et même la notion d’équipe disparait. On ne travaille plus pour cette entreprise mais dedans.

    D’ou vient le problème un tel scénario ?

    - vient il de l’employé qui pensait à tord pouvoir mériter plus ?

    - vient il des investisseurs qui en gardant tout pour eux semblent vouloir récolter sans semer ?

    - vient il de la relation employer / employeur ?

    Personnellement je n’ai pas la réponse….

  14. on 30 Oct 2006 at 20:27 Stéphane

    Aujourd’hui, un de mes collègues m’a parlé d’un de ses potes qui bossent dans un studio français basé sur Paris et visiblement assez gros vu qu’ils viennent de déménager pour accueuillir jusqu’à 50 gus.

    Et bien il m’a expliqué que l’intégralité du personnel à l’exception des deux dirigeants était employé en tant que freelance ; avec bien entendu l’éjection rapide en fonction des besoins de la boite (dont le type en question a fait l’expérience). Alors là je pense qu’on en est même pas à l’étage 2 de la pyramide.

  15. on 30 Oct 2006 at 22:41 Jeremy Chatelaine

    Salut Al.. heu ‘Papy à la retraite’ et bienvenue ici! Marrant ton choix de nickname tout de meme :)

    Steph: C’est desolant d’entendre tout ca vraiment. En angleterre la situation est pas si catastrophique.

    Papy, c’est vraiment difficile de dire a quel point une personne contribue au chiffre d’affaire (car un jeu est encore fait par une equipe!). Il est deja difficile de savoir quel est la performance meme d’une personne alors son impact sur la societe…

    S’il est si efficace alors il devrait peut-etre prendre ces risques lui-meme car l’entreprise en prend elle, en acceptant de lui verser un salaire mensuel (si je me souviens bien il est pas simple de virer qq’un qui en glande pas une en france).
    C’est bien trop facile de prendre aucun risque et de demander les fruits de ceux qui en ont pris (bien que bosser dans les jeux est de plus en plus un gros risque a present :D)

    Tout le monde s’insurgerait si on ne versait pas de salaire car la societe ne fait aucun chiffre d’affaire ce mois-ci :)

    Puis la societe peut decider d’utiliser ce surplus d’argent pour le reinvestir dans les conditions de travail (nouveau matos, nouveau locaux…). Ca serait pas raisonnable de reverser une grosse partie au seul contributeur.
    Sans oublier que c’est malheureusement bien trop typiquement francais de pas savoir travailler en equipe (”c’est moi qui ait fait donc c’est moi qui doit profiter”). Je suis pour que toute l’equipe beneficie plutot qu’une personne de l’equipe en particulier.

    Comme j’en fais l’appologie dans ce post, je prefere d’autres marque de respect et reconnaissance que l’argent.

    Par exemple, ce qui m’avait le plus touche (et de loin) a Argonaut a ete le fait qu’ils prennent en charge mon deplacement/hebergement/tout lorsque j’ai ete selectionne pour faire une conference au GDC america. Ca c’etait vraiment de la reconnaissance et du soutient. Ca m’a marque, bien plus qu’un bonus.

    Concernant les financiers, y’en aurait aucun s’ils ne voyaient pas de gros retours sur investissement.
    Y’a qu’a voir le nombre de boite qui coulent.

    Globallement (en angleterre du moins ou le climat economique est pas mauvais) sur 10 financements, seulement 1 ou 2 rapportent de l’argent, le reste c’est de l’argent perdu. Puis avec les jeux video c’est vraiment difficile de croire que ca rapporte des masses! :)

    Ce que tu mentionnes est plutot le besoin de reconnaissance (niveau 4), ce a quoi on ne pense pas en effet tant que les autres besoins sont pas satisfaits.

    Comme Stephane disait, le mieux reste encore de pas tomber sur un patron profiteur. C’est vraiment malheureux en fait.

  16. on 31 Oct 2006 at 12:17 Papy à la retraite

    Dans mon cas il est très facile de savoir quelle est la contribution sur le projet on était officiellement 3 a bosser sur le projet et j’ai été seul 90% du temps. On ne peut pas faire plus évident dans ce cas.

    J’oubliais de dire que l’entreprise présentait à l’embauche un process qui se devait de valoriser le talent par des primes.

    Pour obtenir le niveau de qualité du produit j’ai du prendre énormement de risques. J’ai fait et refait de nombreuse fois de grandes partie du code qui n’existaient qu’une fois dans le planning. J’ai développer des tools qui n’avait pas d’existence “légals”.

    Au final, tout cela n’est qu’un leurre. Toute excuse est bonne pour ne rien donner au développeur.

    Je ne manque pas de reconnaissance. Je sais exactement ou j’en suis. Mais je n’admet pas qu’on me promette une carotte en sachant qu’on ne me la donnera jamais.

    Si le salaire ne refléte pas le niveau de compétences quel intéret de l’être…

    Mon niveau de vie ne me permet pas d’espérer plus qu’une retraite de merde dans un caravaning. Je ne pense pas que bosser 30 ans dans un métier qui touche à sa passion soit un compensation suffisante.

  17. on 31 Oct 2006 at 17:04 Stéphane

    J’ai quelques questions dans ce cas :

    1) Ca veut dire quoi “un process qui se devait de valoriser le talent par des primes” ? Genre la phrase “ok le salaire est ridicule mais c’est un fixe qui prends pas en compte la super prime qu’on te versera” ?

    2) C’est quoi exactement le risque que tu as pris ? Le fait de travailler beaucoup plus que ce qui était prévu en ne sachant pas si cela payera derrière ?

    3) Quand tu dis que “tout cela n’est qu’un leurre” tu veux dire qu’il n’existe pas de société qui verse de primes quand le projet marche bien ?

    4) Pour le salaire, ce qu’explique Jeremy c’est qu’il faut relativiser, à mon avis il parle pas de stagiaire payé 300? par mois qui font des jeux de A à Z.

    5) Je bosse dans le jeu vidéo et à mon avis même si toute ma carrière se fait là dedans je pense pas finir dans une caravane. (d’où l’aspect relatif du salaire).

  18. on 31 Oct 2006 at 18:41 Papy à la retraite

    1) on m’a clairement dit “ton salaire de base est le salaire moyen dans la region, pour tes etudes et pour ton ancienneté mais il sera réévaluer en rapport avec tes performances. Si tu es performant tu aura des primes et/ou des stock option suivant les résultats”

    2)les plannings était super court et lorsque je demandait à prendre du temps pour amélioré tel ou tel partie d’un algo ou pour explorer une voie pour compressé des données ou autre on me disait systematiquement non. J’ai du donc faire ça “en parallele du planning”. Tu peux assimiler ça à un refus d’obéissance mais je suis intimement persuadé (impossible à prouver…) que mon projet aurait été annulé par le licenseur si je n’avais pris cette décision (le licenseur avait de serieux doute après le premier prototype).

    3)je ne dis pas que tout le monde est comme ça mais ca fait 11 ans que je traine dans ce secteur et je n’ai jamais eu un centime de prime de qui que ce soit. Avant cette aventure le doute subsistait car comme le dit kamron le jeu est un travail d’équipe et on ne peut pas clairement identifier qui à du “mérite”. Mais dans cette dernière expérience aucun doute n’est possible…

    4)Pour le salaire il faut savoir que depuis que je bosse pour cette boite je perds régulierement de l’argent… Mon budget n’est pas à l’équilibre car j’ai du emmenager au debut du boom immobilier…

    5)C’est pour ça que je voit la caravane….

  19. on 31 Oct 2006 at 20:03 Jeremy Chatelaine

    Ouais mais la c’est de carrement de l’esclavage ton histoire. C’est plutot triste a entendre.

    Comment t’as pu en arriver la avec 11 ans dans les jeux videos?

    T’as eu droit au pot de vaseline avec tout ca ou t’as du l’acheter toi meme?
    Comme tu le fais remarquer le besoin premier est meme pas remplit (celui de securite).
    Dans ce cas, un changement de boite (ou meme de secteur a courte ou moyenne duree) semble s’imposer de lui meme.

    PS comme c’est un poste qui concerne l’argent, j’ajoutte un peu d’info concernant les primes et bonus.
    Ji eu une seule fois une prime de fin de projet (sur Black n White, alors meme que j’etais plus dans la boite, puis pas degueux, c’est sympa).
    Et sinon a UbiSoft ou on m’a file des primes de boulot pour venir bosser le week-end (mais c’etait de la merde la :)) afin d’eviter de se faire chopper par des heures sup (payees plus cher)

  20. on 01 Nov 2006 at 16:02 Stéphane

    1) Question subsidiaire, le salaire était vraiment le salaire moyen ou pas ?

    2) Ok je vois ; là après c’est une question de compétence de la hierarchie pour voir que des planings c’est bien mais il y a toujours du wet work à faire que ca plaise ou pas. Perso je vois pas ça comme de l’insubordination mais comme quelqu’un qui est passionné par ce qu’il fait et à qui faut que j’apporte un soutien.

    3) C’est sur que vis à vis de ton expérience pro tu peux douter que des primes soient versés. Perso j’ai déjà touché une prime même quand j’étais à l’époque dans une boite dirigé par des chiens aveugles.

    4) Pas Glop Factor + 1

    5) Change de boulot, franchement ça vaut pas le coup.

  21. on 07 Nov 2006 at 19:05 Krousty_bat

    Sujet et interventions très très intéressants…
    Juste un détail (car pas le fond du sujet dont tu veux discuter) Jeremy, quand tu écris:

    En France, la précarité t??es donnée gratos…
    Pour quelqu’un ayant bossé a l’étranger, je te trouve peu objectif… ou provocateur ? :)
    la précarité en France est un faux problème, dans quel pays dans le monde les jobs ou la vie n’est pas précaire? Combien de pays dans le monde propose t??i une vie plus protégé et assisté lorsqu’on est au chômage ou en difficulté ?…
    Lorsqu’on critique notre train de vie, il est toujours plus intéressant d’aller jalouser les quelques personnes au dessus mais on oublie souvent de voir combien de personne sont moins bien loti que nous… ca s’appelle relativiser, mais il est vrai que ce n’est pas donner a grand monde ;0

  22. on 07 Nov 2006 at 19:14 Jeremy Chatelaine

    Hihi, j’avoue tout, c’etait de la provocation :)

    Faut dire que la plupart des boites de jeu se sont casse la gueule en France maintenant. C’est pas tant l’employe qui est en position precaire que la boite :D

    La precarite est tout relatif comme tu le fais remarque en effet. J’suis jamais reste plus de deux ans et demi dans une boite, mais meme lorsque c’etait pas par choix, je me suis pas vraiment sentis en position precaire.

  23. on 08 Nov 2006 at 10:58 Jeremy Chatelaine

    Petit PS Krousty lorsque tu dis que j’ai bosse a l’etranger. J’ai aussi bosse dans deux boites de jeu video en France.

    UbiSoft (certes pas longtemps) qui enchainait les CDD pour pouvoir te faire bosser comme un escalve (sinon on renouvelle pas ton CDD). Ca c’est le top je trouve :)

    Puis Carapace qui s’est casse la gueule. C’etait tout de meme une boite de jeu assez bancale.

  24. on 17 Dec 2006 at 17:28 Harold

    Donc effectivement le problme des salaires est un faux problme. Le soucis majeur, c’est la prcarit qui certes, touchent moi les programmeurs… :)

    Dans mon cas j’ai jamais t mal pay. Pas mal exploit (crunch time avec darjul !!), jet aprs usage mais mal pay, non. Donc j’oscille entre le niveau 1 et 2 de la pyramide, je m’invente mon niveau 3 avec la communaut online j’interchange les niveaux 4 et 5, j’essaie de survivre quoi et c’est pas vident… Mais je suis de mieux en mieux arm ;)

    INDIES FTW

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